Concessions de La Burande et Varazennes : l'historique

a)     La concession de La Burande

 

La concession de La Burande est située directement au sud de la concession de Singles et au nord de celle de Varazennes. Instituée par décret du 10 novembre 1860 en faveur de M. Théodore Sudre sur 647 ha sur les communes de Singles, La Rodde et La Bessette (Puy de Dôme) et Port Dieu (Corrèze). Elle passe ensuite entre diverses mains ; en 1879, elle est propriété de la société des Houillères et Mines Françaises, société créée par Paul Gautier. Cette société se targue d’être aussi propriétaire des concessions de plomb argentifère de Benson, Viellevieille, Joursac et Pont Vieux dans le Puy-de-Dôme, de Bluech et Pradal en Lozère, de fer manganèsifère de Masnaguines et de cuivre de Cabrière, toutes deux situées dans l’Hérault, de différentes marbrières dans l’Hérault et l’Ariège et l’ardoisière de Besnardière dans le Maine et Loire. Comme justification de ses moyens financiers, Paul Gautier fait état de  son acquisition auprès de l’Etat en décembre 1877 du Domaine de la Malmaison pour la somme de 731.000 francs (payables en 5 fois). Pour la concession de Cabrière, il est créée une « filiale » sous forme de société civile à laquelle participent outre Gautier,  Ernest Febvre, de la banque Febvre et Cie (partie prenante également dans la société Houillères et Mines Françaises), Marie Joseph Henry, chef d’escadron en retraite, Léon Lantz, ingénieur des Mines, Henri Petit-Jean, propriétaire, et Benjamin Mendès-France, propriétaire à Paris. La société  est déclarée en faillite le 28 mars 1882.

 

En 1905, Mme Veuve Roguet  la vend à M Peyralbe[1] qui décède en 1917. Mme Veuve Peyralbe née Mégevand[2], son héritière, l’amodie par acte du 21 août 1919 à MM. Degoy et Durocher pour une durée de 10 ans moyennant une redevance de 2 francs par tonne de charbon extraite avec un minimum de 8.000 francs pour la 1ère années puis 10.000 francs par an ensuite.. On va voir à propos de la concession de Varazennes ce qu’il en va advenir.

 

b)     La concession de Varazennes

 

La concession de Varazennes (à cheval sur le Puy de Dôme, le Cantal et la Corrèze) est instituée par décret du 17 septembre 1878 sur 625 ha en faveur de M. Amable Burin des Roziers. Son territoire avait été inclus dans le périmètre demandé par M. Sudre dans le cadre sa demande de la concession de La Burande, mais l’existence réelle de la houille n’avait pas été démontrée dans la partie sud, M Sudre n’avait obtenu en 1860 que la partie nord du lambeau houiller. Ce n’est qu’à la suite des travaux de M. Burin des Roziers à Varazennes et à Maugues que cette existence fut prouvée.

 

Suite à une mise en demeure en 1900 de l’administration de reprendre les travaux, les héritiers de M. Burin des Roziers la vendent en janvier 1902 à M. François Baudot, Ingénieur civil, puis elle est acquise par M. François Vazeilles, ancien avoué, sur adjudication au tribunal de Clermont-Ferrand le  23 juillet 1909 au prix de 8.600 francs ; François Vazeilles décède le 14 février 1914, sa femme ayant renoncé à cet héritage en 1919, les propriétaires sont ensuite les deux filles de M. Vazeilles, Mme Colonna-Ceccaldi (femme d’un lieutenant-colonel d’infanterie, sous chef à l’Etat-Major du 13ème corps d’armée puis colonel au 1er Régiment d’infanterie de Douai) et Mme Lemerle (femme du Directeur de l’agence du Crédit Lyonnais de Roanne).

 

La Burande avait été amodiée comme on l’a vu, par acte du 21 août 1919 signé avec Mme Peyralbe La concession de Varazennes est vendue par acte du 26 mai 1920 par Mmes Colonna-Ceccaldi et Lemerle à la SNC Deguoy et Cie au prix de 40.000 francs (y compris de nombreuses terres) plus deux tonnes de charbon par an. L’amodiation de La Burande et l’acquisition de Varazennes doivent cependant être autorisée par décret ministériel, sous peine d’annulation des actes : les dossiers administratifs sont déposés le 7 octobre 1920.

 

La Société en nom collectif Degoy et Cie dite « société des mines de La Burande » a été créée par Georges Degoy et Paul Durocher le 20 mai 1920. Ils y apportent le bail de La Burande estimé à 5.000 francs ; ils y apportent également « leur industrie, leur expérience des affaires et leurs relations » également estimées à 5.000 francs. Par la suite sera apportée la concession de Varazennes. Georges Degoy et Paul Durocher sont des affairistes bien connus dans le monde minier ; Georges Degoy est  déjà intervenu ou va intervenir en Corrèze (mines de Lapleau-Maussac), dans les Alpes Maritimes (Mines et agglomérés de Vescagne) et dans les HAutes-Alpes (il est administrateur délégué de Société des mines et Agglomérés du Briançonnais SMAB). Auparavant, Degoy s’était occupé d’affaires dans le domaine maritime au Havre. Paul Durocher se présente comme étant membre de plusieurs Conseils d’administration d’affaires minières, mais on ne sait pas très bien lesquelles. Tous deux résident à Paris.

 

Pour se procurer l’argent nécessaire à l’exploitation de La Burande, les deux associés « conjointement et solidairement » ont emprunté à la société Union Française de Papeterie, société au capital de 6.000.000 francs ayant son siège à Lyon, une somme de 300.000 francs pour 10 ans à 8 % d’intérêt sous réserve de remettre à l’Union tout le charbon extrait de La Burande dont elle aurait besoin aux conditions du client le plus favorisé et de lui assurer 25 % des bénéfices réalisés par l’exploitation. Cette somme fut rapidement dépensée. Du 1er septembre 1919 au 31 décembre 1920 les dépenses dépassent les recettes de 381.632 francs pour une extraction seulement de 2.500 tonnes. Pendant ces 18 mois, les frais généraux du siège  social s’élèvent à 43.256 francs et le salaire (pudiquement appelé « prélèvement mensuel spécial ») de Degoy pour La Burande s’élevait à 32.000 francs (2.000 francs par mois).

 

Pour la concession de Varazennes, la société Degoy entre en contact avec la société Industrielle de Verrerie, SA au capital de capital de 10 millions de francs. Cette société lui aurait promis 500.000 francs dont 200.000 ont effectivement été versés en janvier 1921. Cette avance était faite à valoir sur des livraisons de charbon. Cette somme dû être rapidement dépensée elle aussi, devant les frais généraux et les frais de siège (le salaire de Degoy étant également de 2.000 francs par mois pour Varazennes). Au moment de l’arrêt des travaux, en avril 1921, tous ces emprunts et avances n’étaient évidemment pas remboursés et de plus, la société devait 10.652 francs au Bureau National des Charbons comme taxe de péréquation[3]. Or à cette époque le dossier de régularisation pour obtenir l’autorisation ministérielle d’acquisition et d’amodiation, déposé le 7 octobre 1920, n’était pas encore au terme de son examen. Après avril 1921, la situation financière des deux associés n’alla pas en s’améliorant. Des procès sont intentés par eux contre l’Union parce que celle-ci avait refusé le charbon livré (de mauvaise qualité, rappelons-le) et contre la verrerie qui n’avait pas payé les 300.000 francs supplémentaires promis. Degoy demande des délais pour apurer sa situation financière. Mais de guerre lasse, pour tous ces motifs, le Conseil Général des Mines proposa, comme il fallait s’y attendre, le rejet des demandes d’amodiation et d’acquisition dans sa séance du 9 juin 1922, ce qui aboutit au décret de rejet du 22 juillet 1922. La vente et l’amodiation étaient annulées ; au passage le contrat de vente de la concession de Varazennes stipulait qu’en cas de refus ministériel, les 40.000 francs versés par Degoy et Cie resteraient acquis au vendeur, une bonne affaire pour les héritières Vazeilles en somme ! L’annulation du contrat d’amodiation fut confirmée par le Tribunal de Riom le 14 mai 1924 et la société Degoy et Cie est mise en faillite en décembre de la même année.

 

Par décret du 11 avril 1926, la société des Charbonnages d’Auvergne, déjà propriétaire de la concession de Singles, est autorisée à acquérir la concession de La Burande et à amodier celle de Varazennes. La Burande a été acquise moyennant 50.000 francs et l’attribution de 1.800 actions de 100 francs La concession de Varazennes est renoncée par arrêté du 27 septembre 1933, celle de La Burande, par arrêté du 24 mars 1937.

 



[1]  ancien ingénieur et directeur des mines de Singles.

[2] Originaire de Genève

[3] taxe payée par le consommateur et qui aurait dû être reversée immédiatement aux Chemins de fer de l’Etat

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