Le daomaine de la compagnie des mines de Brassac

Le domaine de la compagnie des Mines de Brassac

Historique

L

e domaine minier situé dans le département du Puy-de-Dôme constitue les "mines de Brassac" proprement dites. Ce domaine comprend la concession de Celle[1] et Combelle (ou plus simplement La Combelle), la concession d’Armois et la concession des Barthes, des Airs et du Feu (ou plus brièvement des Barthes).

En 1872, MM. Schneider et Cie, les gros sidérurgistes du Creusot,  devient le principal actionnaire de la compagnie des mines de Brassac au capital de 2.600.000 francs.

  La faillite de la société des mines de Brassac

 En 1888, non seulement elle avait entièrement absorbée son capital mais, en plus se trouvait débitrice de Schneider et Cie d’une somme de plus de 4 millions de francs. En effet, Schneider avait fournit de nombreuses avances de fonds à sa filiale depuis 1872.

 La société des mines de houille de Brassac est donc mise en liquidation. Il n’y eut pour la société aucun repreneur. Pour les concession et le matériel, seule la compagnie de la Haute Loire fit des offres.

 Quelles sont raisons de cette débâcle, alors même que sa concurrente, la compagnie de la Haute Loire, semble florissante ?

 De 1872 à 1886 la société s’est trouvée en déficit pratiquement constamment (sauf 3 années, 1872, 1873 et 1881). De 1870 à 1886, le déficit d’exploitation cumulé atteint 3.025.000 francs dont 391.562 francs en 1877.

 L’ingénieur des mines dans son rapport en 1886 a des difficultés à répondre à la question : « Demander pour quels motifs la compagnie des mines de Brassac a obtenu les mauvais résultats que nous avons indiqué, c’est poser une question embarrassante que les causes naturelles inhérentes à la nature du gisement ou à la qualité du combustible ne suffisent pas à élucider ». En effet les deux gisements sont très similaires aussi bien quant aux conditions géologiques et d’exploitation que sur la qualité du combustible. Les charbons de Brassac se vendent toutefois un peu plus chers que ceux de la Haute Loire : 14,45 francs par tonne à La Combelle en moyenne contre 13,87 à Grosménil ou 11,53 à La Taupe. Les conditions d’exploitation sont peut-être un plus difficiles à Brassac où les feux ont toujours été importants. Mais, pour l’ingénieur, l’essentiel du déficit provient « des travaux improductifs, des dépenses d’entretien  extraordinaires qui, tout en absorbant des sommes considérables ont laissé l’exploitation languissante et trop faible pour supporter la charge des frais généraux ou permanents de toutes sortes ». Bref, la mine est très mal gérée par MM. Schneider  qui, en fait, s’en désintéresse complètement.

 Naturellement la compagnie de la Haute Loire va faire des propositions pour mettre la main sur son concurrent. Soumise à enquête publique la proposition de la compagnie des mines de Haute-Loire suscite de nombreuses oppositions. Dans le département de la Haute-Loire, plusieurs conseils municipaux (Vergangheon, Ste Florine, Lempdes, Frugères, etc), ainsi que le Conseil d’arrondissement de Brioude manifestent leur opposition. Une pétition de 512 signatures circule. Même chose dans le département du Puy-de-Dôme : oppositions des municipalités (Brassac, Auzat, Charbonnier, Beaulieu, Valz, Jumeaux, etc) et 1.340 signatures sur une pétition.

 Les raisons de cette opposition sont les craintes de constitution d’un monopole local (le nouveau domaine représenterait 71 % des terrains concédés), la crainte que la compagnie de la Haute Loire ne délaisse certaines zones au profit d’autres, Le rapport de l’ingénieur des mines du 30 septembre 1887 apporte des précisions intéressantes à ce sujet : « le monopole réalisé par la société des Houillères de la Haute Loire aurait pour conséquences de faire délaisser certaines concessions ou certaines couches peu productives pour développer exclusivement celles qui le sont davantage ; il entraîneront une réduction du personnel ouvrier, une diminution des salaires et mettrait à la merci d’une trop puissante compagnie la plupart des ouvriers mineurs qui, dans les conditions présentes, lorsqu’ils viennent pour un motif parfois sans importance, à être renvoyé d’une exploitation, trouvent aisément de l’ouvrage dans les exploitations voisines ; il amènerait un renchérissement des charbons au détail et porterait préjudice aux cultivateurs de la région et des montagnes voisines, en tant qu’il pourrait provoquer un abaissement du prix des fourrages et des bois. Actuellement les cultivateurs qui descendent de la montagne avec un chargement de bois de mine trouvent toujours à vendre dans d’assez bonnes conditions en s’adressant tantôt à une compagnie, tantôt à une autre et de même ceux qui viennent acheter du charbon, s’ils ne sont pas contents de la fourniture des Houillères de la Haute-Loire, peuvent s’adresser à une compagnie rivale. En sera-t-il encore ainsi lorsque la fusion sera opérée ? ». Enfin, bien entendu, les opposants mettent en avant que la fusion entraînera la concentration des services au jour : bureaux, ateliers, et donc des compressions de personnel.

 Dans un mémoire daté du 5 novembre 1887, la compagnie de la Haute Loire se justifie. En fait un traité avait été signé entre Schneider la compagnie de la Haute-Loire par lequel cette dernière s’engageait à reprendre les actifs de la compagnie de Brassac.

 Sur les oppositions, Haute Loire ne nie pas que des licenciements auront lieu, mais au contraire veut, dit-elle, développer l’extraction.

 La position de l’administration est ambiguë dans cette affaire ; l’ingénieur des mines serait favorable à la reprise des concessions des Barthes et de Frugères par la Haute Loire mais pas de celle de La Combelle, qui très grande, pourrait se suffire à elle-même.

 Finalement le Conseil d’Etat va définitivement trancher le 2 août 1888 en refusant la vente de la compagnie de Brassac à celle de la Haute-Loire. Les travaux de La Combelle sont suspendus le 15 août 1888.

Après l’échec de la reprise de mines par la compagnie de la Haute Loire, le domaine (concessions de La Combelle, Armois et des Barthes) est racheté à partir de 1890 par la société sidérurgique Commentry-Fourchambault et Decazeville dans la perspective de la fin de l’exploitation de Commentry (Allier) alors sur le déclin (décret d’autorisation de réunion du 1er juin 1893).

Dès 1902 cependant Commentry Fourchambault Decazeville se sépare de la concession des Barthes (mine de Bouxhors) qui sera reprise par la société des Houillères de la Haute Loire. La concession d’Armois, quant à elle, est renoncée dès 1908.

 Pour agrandir son domaine, elle amodie la concession de Charbonnier à la société des Charbonnages du Centre puis l’acquiert (décret de mutation du 3 juillet 1942).

 

[1] on trouve parfois l’orthographe « Selle »

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